C’est bien à la Maison Blanche, le 13 juin 2019, aux côtés de Donald Trump que l’on a retrouvé Kim Kardashian, la multi-millionnaire et star de télé-réalité. Pour la seconde fois, elle est à Washington pour parler droits des détenus américains. Elle a beau arborer une coupe au carré stricte, une veste de tailleur Givenchy aux épaules marquées et avoir ses professeurs de droit près d'elle, rien ne semble suffisant pour éviter le flot de mépris et de moqueries qui lui sont réservés sur les réseaux sociaux. Pourtant, elle semble bien plus efficace et influente que nombre d’activistes à qui on accorde de la crédibilité sans ciller. La raison de cet acharnement ? Son image affriolante qui ne semble plus la quitter depuis la fuite d’une sex tape en 2007. Plus de dix ans après les faits et malgré une carrière de femme d’affaires à succès, sa réputation semble toujours marquée au fer rouge.

Un déshonneur indélébile
La faute au slut-shaming, c’est à dire le fait de "faire honte à une femme lorsqu’elle adopte des comportements qu’on juge vulgaires ou non adaptés à une femme qui se respecte", selon Valérie Rey-Robert, autrice féministe d’Une culture du viol à la française. Du troussage de domestique à la liberté d’importuner (ed. Libertaria). Une déconsidération qui ne s’adresse qu’aux femmes, qui "sont réduites à un corps". Elle ajoute : "Si c’est un corps qui est dans les canons de beauté, on les arrête à ça. On ne les voit que par le prisme de la beauté et qui dit beauté chez les femmes dit bêtise. Parce qu’elles ne peuvent pas à la fois être belles et intelligentes." La punition est encore plus dure lorsque les dites femmes assument leur corps sans s'excuser. "Si Kim était arrivée dans les médias en disant avoir honte, poursuit Valérie Rey-Robert, je pense que ça se passerait mieux aujourd'hui, parce qu’on aime les personnes contrites, qui cherchent la rédemption. Mais lorsque ce sont des femmes fières de ce qu’elles sont, qui ont une vie sexuelle et qui ne battent pas leur coulpe de l’avoir eue, ça les poursuit à vie."

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Lorsque les femmes sont fières de ce qu’elles sont, qu'elles ont une vie sexuelle et qu'elles ne battent pas leur coulpe de l’avoir eue, ça les poursuit à vie.

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Le business de la bimbo
Avec une fortune estimée à 370 millions de dollars, la fondatrice de KKW Beauty ne s’est pourtant pas laissée abattre après le dévoilement de son intimité et a su faire fructifier ses revenus. Pour Zahia Dehar, ex travailleuse du sexe s’étant retrouvée au coeur d’un scandale en 2010, il n’était pas question non plus de mourir de honte lorsque son visage et son nom ont été épinglés en Une des journaux. La jeune femme préfère capitaliser sur cette notoriété en devenant mannequin, inspirant des photographes et des artistes avant de lancer sa propre marque de lingerie. En 2019 c’est en plein Festival de Cannes qu’elle réapparaît dans les médias, grâce à son rôle principal dans Une fille facile de Rebecca Zlotowski. Alors que tout aurait dû la pousser à se cacher et quitter le pays, elle a su faire de son image sulfureuse une force. Pour la journaliste Alice Pfeiffer des Inrocks, il s’agit là d’une mise en pratique du féminisme pro-sexe : "elle détourne des outils superficiels, sexuels, allumeurs… Tous les codes qui ont servi à se moquer d’elle au départ". Une vision que ne partage pas Valérie Rey-Robert qui voit dans cet empowerment sexy un piège. "Je suis assez dubitative sur la ré-appropriation de ces armes patriarcales. Ça finit toujours par se retourner contre soi. Même si Kim Kardashian fait énormément d’argent, elle restera éternellement la ‘conne de service’."

En phase de réhabilitation ?
Cet engagement politique et cette envie de devenir avocate ne sont pas anodins. Non seulement ils lui permettent de suivre la tendance féministe globale, tout en se rachetant. "Elles doivent défaire les attentes qu’il y a autour de la bimbo, souligne Alice Pfeiffer. On attend un discours bétonné qui explique soit qu’elles ne sont pas celles que l’on croit, soit qu’il y a un cerveau derrière leurs choix qui sont vus comme des choix sexués pour séduire monsieur. Par exemple, si Zahia veut être féministe, elle va devoir le justifier. Il faut qu’elles deviennent des politiciennes de leur propre identité", conclut la journaliste. Un exercice dans lequel la créatrice de lingerie a excellé lors d’une interview pour Konbini, qui cumule près de 250.000 vues sur Instagram, où elle adopte un discours féministe.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Ancienne escort girl, Zahia Dehar est devenue actrice. Voici le Speech de @zahiaofficiel

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C’est un discours politique beaucoup plus radical qu’a choisi Pamela Anderson. L’actrice, devenue iconique grâce à son maillot une pièce dans Alerte à Malibu, a toujours évoqué son combat pour les droits des animaux. Allant même jusqu’à être invitée à l’Assemblée Nationale pour parler maltraitance des volatiles lors du procédé de gavage. Or, on ignorait son goût pour les analyses politiques. En décembre 2018, en pleine crise des gilets jaunes, Pamela Anderson s’insurge sur Twitter en prenant à parti Emmanuel Macron. Elle ne se gêne pas également pour incendier l’Angleterre lorsque les autorités locales procèdent à l’arrestation de son ami, Julian Assange.

Chacune de ses interventions est applaudie par de nombreux internautes qui découvrent en elle une femme intelligente et très à gauche. Pour Valérie Rey-Robert, cette passion soudaine peut la desservir : "Dire de ne pas manger de foie gras ça n’a rien d’exceptionnel. Et pourtant tout d’un coup il y a une espèce de cour qui, dès qu’elle ouvre la bouche, trouve ça génial. C’est du sexisme bienveillant. On se dit “Oh la la, cette pauvre petite chose un peu bête, c’est bien qu’elle ait dit ça”."

Pourtant, alors mêmes qu’elles viennent du milieu du divertissement et non pas de Sciences Po ou d’un parti politique, Kim Kardashian, Pamela Anderson ou Zahia Dehar font mieux. Elles arrivent à faire passer ces messages engagés auprès d’une audience fidèle et de masse. Elles sont passées, pour Alice Pfeiffer, "par des interstices du pouvoir plutôt que par des canons classiques. À l’instar de Trump et Macron qui sont avant tout des businessmen. Aujourd’hui des canaux peuvent permettre de parler au plus grand nombre et notamment à la jeunesse. Ce sont 'les connes de service' peut-être pour une ancienne garde, mais pour la nouvelle, elles apparaissent comme des filles qui se sont reprises en main, qui sont des go-getters. C’est de l’empowerment.