Les Joies d’en Bas, de Nina Brochmann et Ellen Støkken Dahl c'est un peu l’équivalent de Le Charme discret de l’Intestin, de Giulia Enders, qui nous passe l’intestin en revue, paru en 2014, et qui a été vendu à plusieurs milliers d’exemplaires dans le monde, sauf que celui-ci est une référence complète sur l’organe sexuel féminin.


© "Les Joies d'en Bas" aux Ed. Actes Sud

Les plus 
Les Joies d’en Basremet les idées en place : dès le départ on nous parle d’anatomie, et l’on découvre qu’à l’origine, lors de la formation du foetus, le sexe féminin et le sexe masculin se ressemblent étrangement. De quoi planter décor, voilà enfin un livre moderne et progressiste où l’on nous montre bien que l’on est (presque) tous les mêmes. Et si vous n’apprenez rien en lisant cette information, dites-vous que c’est quelque chose que tout le monde ne sait pas et c’est justement la force de cet ouvrage. 
Car les deux autrices reprennent tout à zéro pour nous raconter le sexe féminin dans sa complexité et dans un langage simple et accessible à tou.te.s, à partir de l’adolescence. On y parle du fonctionnement complet de l’appareil génital, de la vulve soit la partie visible, mais aussi de toute la face cachée de l’iceberg : le clitoris, le vagin, l’utérus,… Elles nous aident aussi à lire dans nos sécrétions vaginales ou à choisir notre contraception dans un guide exhaustif, avant de nous conter les maladies auxquelles sont exposées notre appareil génital.
Le livre est écrit en parties et en chapitres : il est très facile d’accéder à la problématique de notre choix, sans devoir tout se (re)taper. En somme, c’est un guide pratique auquel on doit absolument trouver une place dans la bibliothèque, même familiale, pour s’informer, mais également se rassurer soi-même, et pour que notre progéniture puisse aussi trouver des réponses à ses questions.

Et si le livre est sur l’organe sexuel féminin, rien ne doit dispenser les hommes d’y jeter un oeil… Au contraire ! C’est une bible pour tous, même si les deux autrices, étudiantes en médecine, s’adressent principalement à un public de femmes. C’est d’ailleurs un ouvrage inclusif où l’on ne pose jamais de norme hétéropénétrative. C’est-à-dire qu’à aucun moment les deux étudiantes n’établissent le postulat que les personnes qui lisent leur livre sont hétérosexuelles : lorsqu’il est question de sexualité, si elles n’utilisent pas le terme 'partenaire', elles évoqueront aussi bien les appareils génitaux féminins et les masculins, pour que chacun.e puisse s’identifier. C’est suffisamment rare pour le souligner, d’autant plus qu’il y a aussi des chapitres consacrés aux personnes trans et aux intersexes. Rafraîchissante cette inclusivité !

Puis, c’est un livre qui est tout sauf culpabilisant où on nous invite à observer notre vulve dans le miroir, à embrasser notre sexualité et nos désirs (elles livrent même les secrets pour atteindre l'orgasme) et à ne pas (trop) paniquer si, par hasard, on attrape une IST… Le tout est de se faire dépister rapidement après un rapport à risque et de se soigner, pour ne pas contaminer d’autres personnes. A ce sujet, toutes les IST sont passées à la loupe et cela permet de comprendre leur fonctionnement, et d’inciter tout le monde à se protéger avec un préservatif. Les deux autrices donnent même une astuce pour apprécier (des deux côtés) le cunnilingus même avec un herpès, sans se le refiler… Mais pour ça, on vous laisse aller consulter la page 325.


© "Les Joies d'en Bas" aux Ed. Actes Sud

 

Le moins
Si l'on nous a conseillé la lecture de ce livre, c'est à la suite de notre article "Arrêter la pilule leur a changé la vie", pour lequel nous avions interrogé des femmes pour qui changer de moyen de contraception avait été libérateur. En effet, ces dernières souffraient de différents maux, tels qu'une baisse de libido et de déprime, qu'elles associaient à la prise de la pilule contraceptive. Notre article n'étant basé sur aucune donnée médicale et sur un échantillon non représentatif de femmes, c'est donc en toute humilité que nous avons lu l'ouvrage.
Malgré tout, nous n’avons pas été réceptifs à 100% au chapitre sur la contraception (peut-être seulement à 95%). Certains des arguments avancés par Nina Brochmann et Ellen Støkken Dahl ne nous semblent pas forcément toujours appropriés. Si elles offrent un panorama complet d’absolument tous les moyens de contraception et que c’est extrêmement bien documenté, à base d’études et de recherches médicales, leurs arguments pour la pilule vont toujours en sa faveur, malgré les déconvenues que l’on peut rencontrer en la prenant.

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On peut avoir des petites quantités de lait qui sortent des mamelons.

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Comme les effets secondaires de la pilule font souvent l’objet de mouvements anti-pilule et de croyances populaires qui ne sont pas scientifiquement prouvées, les autrices ont voulu, et c’est louable, remettre les choses dans leur contexte et expliquer qu’il ne s’agit que d’effets rares et que l’on ne peut pas toujours lui associer. Rappelons qu’il s’agit d’une des avancées les plus importantes de ces dernières années, et il n’est pas question de la discuter. Malheureusement, on ne peut pas nier les effets secondaires liés à la pilule, comme à tout autre médicament par ailleurs, et elles le disent bien ! Page 233, on lit par exemple : "Les œstrogènes (contenus dans la pilule contraceptive) peuvent aussi provoquer une augmentation des pertes vaginales. Elles ne sont pas censées changer d’odeur ni d’aspect, juste être un peu plus abondantes. Quelques rares femmes ont aussi des crampes aux mollets. Nous ne savons pas pourquoi, mais nous savons que ce n’est pas dangereux. Plus rarement, on peut avoir des petites quantités de lait qui sortent des mamelons".
Rien qui ne donne particulièrement envie, et encore, les exemples continuent sur plusieurs paragraphes. Leur conclusion ? C’est beaucoup moins surprenant ou désagréable qu’une grossesse. Mouais, on ne trouve pas que ce soit un argument convaincant… Pourquoi accepter de se sentir mal ou inconfortable à cause d’une pilule, sous prétexte que l'on est protégée d’une grossesse non-désirée ? Pourquoi ne pas changer de moyen de contraception ?


© "Les Joies d'en Bas" aux Ed. Actes Sud
 

En conclusion, il faut rester ouverte à ses propres sensations et penser à son confort. Ainsi, on n’hésite pas à parler contraception à son médecin ou gynécologue pour voir ce qui nous convient le mieux. Le livre donne d’ailleurs, à ce sujet, un aperçu exhaustif et très intéressant de ce qui existe pour permettre de comprendre ce qui nous ressemble le plus et ce, même si l'on souffre de certaines pathologies. Enfin, nos réserves ne portent que sur une infime partie de l'ouvrage, on dira que ce livre est un petit bijou qu'il faut se procurer au plus vite. 

‘Les Joies d’en Bas’ aux Editions Actes Sud, disponible à 22,50€