Lorsque je n’officie pas sur Glamour, je travaille dans l’industrie du mariage. Mon rôle? Proposer des accessoires aux futurs époux. C’est comme cela que je me suis retrouvé il y a peu dans un immense salon du mariage londonien où s’amassent chaque année près de 10 000 personnes, le plus souvent des couples ou des jeunes fiancées accompagnées par leur gang de demoiselles d’honneur. Naïf, je ne m’attendais pas à y croiser également des femmes seules, dont une, s’arrêtant à mon stand, qui m’explique sans ciller que son fiancé était trop "occupé à regarder le foot" pour l’accompagner.
Un comportement sexiste qui n'est pas une surprise pour Nina Beer, organisatrice de mariage à la tête de sa propre société baptisée Occasion Queens. "J’ai déjà eu affaire à ce genre de couples et, pour être honnête, ce sont ceux qui me donnent l’impression que le mariage ne va pas durer." Le peu d’engouement de ces hommes pour l’élaboration de leur cérémonie la sidère : "Le fiancé essaie juste de rendre sa copine heureuse en sortant son chéquier. Le plus souvent il fait les cent pas pendant les visites et se contente de dire 'OK c’est bon, envoyez-moi la facture’ ou ‘ça marche, peu importe le prix'. J’ai de la chance que ces couples ne représentent qu’une minorité de mes clients."

De la musique à la décoration, ils s'y mettent

Selon elle, il semble que la tendance soit plutôt à l’homme progressiste qui prend part à l’organisation. Megan Collins, fondatrice de Blossom & Crumb, spécialiste des wedding-cakes Instagrammables, explique même que désormais 50% des personnes qui la contactent sont des hommes. "Le choix du gâteau est une des étapes dans laquelle s’investissent le plus les futurs mariés et pas seulement lorsqu’il s’agit de décider des saveurs. J’ai eu affaire à beaucoup de messieurs qui avaient une vision très claire de l’esthétique qu’ils souhaitaient." Outre les pâtisseries, les fiancés monopolisent aussi le choix de l’ambiance. "Leur madeleine de Proust est et restera la musique, souligne Nina Beer. Que ce soit expliquer en long et en large au DJ leurs préférences ou écouter une dizaine de groupes pour réserver le meilleur, ils en sont dingues!"

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Certains hommes vont encore plus loin. En témoigne Margot Watt, dirigeante de Petite Pearl Events (une agence spécialisée dans l’organisation de mariage) qui a connu des clients qui touchaient à tout dès le premier jour. "J’ai déjà vu des bien-aimés se passionner pour la décoration! s’exclame-t-elle. Ça prouve bien qu’on commence à déconstruire ce cliché selon lequel la déco, le style et le design de mariage sont réservés aux femmes. D’autre part les hommes s’y mettent parce que la célébration favorite aujourd’hui est celle dans lequel le couple se reconnaît. Ils veulent de la personnalisation. Ils se sentent donc plus motivés à créer des choses sur-mesure pour le Jour-J". Nina Beer se remémore un de ses clients particulièrement bricoleur qui avait pris en main tout l’agencement du dîner. "Il est allé jusqu’à construire les décorations de table. Il avait fabriqué des scènes de ses films préférés en miniatures.” La pâtissière Megan Collins avoue même être déjà tombée sur un couple où c’est l’homme qui était en charge de l’organisation : “C’est lui qui m’envoyait toutes les photos d’inspiration et qui gérait tout. Honnêtement, j’ai été surprise la première fois, mais je suis heureuse de voir les choses évoluer.Plus qu’une anecdote, elle y décèle un changement des mentalités : “Le fait que le genre devienne une notion de plus en plus fluide est vraiment libérateur." 

Pourquoi le mariage reste-t-il une affaire de femmes ?

Un rapide coup d’œil à “Quatre mariages pour une lune de miel” ou "Les plus belles mariées" sur TF1 suffit pour réaliser que cette mutation prend du temps. À l’écran, les  maris sont absents ou silencieux. Il n'y en a que pour les jeunes épouses et leurs critiques acerbes. Des programmes de divertissement qui deviennent moins comiques lorsqu'on se penche sur la carence d'hommes dans tout le processus. L’illustratrice Emma, en mettant en image la charge mentale imposée aux femmes face aux tâches domestiques, pourrait aussi être inspirée par celle liée à l’organisation du mariage. Sans s’en rendre compte, toutes ont déjà en tête d’orchestrer le leur et cachent stress et anxiété dans un recoin de leur cerveau avant même d’être fiancées. Rien de tout ça chez les hommes.

C’est dès l’enfance qu’on les conditionne pour imaginer le plus beau jour de leur vie comme étant celui de leur mariage. Du happy ending des films Disney (La Belle au Bois Dormant, Cendrillon, La Petite Sirène, entre autres) à la cour de récré. “Combien de fillettes passent leur temps à jouer à la mariée avec un faux-voile? s’interroge Margot Watt. Du côté des petits garçons, je ne suis même pas sûre que cela leur traverse l’esprit. C’est pourquoi peu d’hommes s’intéressent à l’univers du mariage avant qu’arrive leur tour.”

Le marketing des professionnels de ce marché se focalise donc uniquement sur une cible féminine, qui semble séduite par tout ce qui s'approche du mariage. Pour Nina Beer, il ne faut pas y voir un abus, mais plutôt la réponse à une demande : “les femmes aiment les détails, le beau, l’organisation… Elles rêvent de ce moment depuis toutes petites.” 

Pourtant, ces entreprises auraient tout intérêt à être beaucoup plus inclusives et à se préoccuper de la communauté LGBTI par exemple. Margot Watt souligne : “Pour les couples homosexuels, la dynamique marié/mariée qu’on nous inculque depuis l’enfance est inutile. Les tâches sont partagées selon les préférences et savoir-faire dès le départ.” Un marché potentiel qui, comme le demande Nina Beer, devrait pousser les médias à “diffuser une idée du mariage plus inclusive en termes de sexualités et d’ethnies.”