Alternative au legging vu et revu, le cycliste était à l’origine un vêtement uniquement porté dans le cadre d’une activité sportive. Inimaginable il y a quelques années de sortir de chez soi en short Lycra pour flâner dans les rues... Il faut dire que, telle une deuxième peau, le cycliste n’en finit pas de mouler. Dévoiler ainsi sa croupe quand on est une femme ? Sacrilège pour les plus conservateurs, qui jugeront la porteuse de cycliste comme étant une aguicheuse, ne cherchant qu’à tenter l’œil masculin. Quant aux progressistes, ils trouveront aussi des choses à reprocher à ce vêtement, affirme la journaliste mode Sophie Fontanel. "Comme les tongs, le cycliste subit des préjugés sociaux, explique-t-elle. Il s’agit d’idées bourgeoises sur ce qui est chic ou pas. Pourtant, avec la folie du yoga, je ne serais pas étonnée qu’on parle bientôt de short-yoga pants". En attendant, cet ex-vêtement sportif tente une percée dans notre dressing : depuis septembre 2018, date à laquelle il s'est mis à fleurir sur les podiums, il a même ses défenseurs.ses. Qui ont tout compris, puisque l’air de rien, le cycliste libère la femme. On vous explique pourquoi.

Kim C (comme "cycliste")

Si cette pièce s’impose progressivement de la salle de sport aux catwalks, en passant par les réseaux sociaux, c’est qu’elle a ses égéries, dont les plus célèbres y ont vu le parfait allié pour magnifier leurs derrières : Kim Kardashian et ses sœurs. Qu’on les apprécie ou non, elles ont réussi à détourner la mode de son obsession pour les femmes blondes et filiformes – quitte à s’approprier, ne l’oublions pas, certains codes de la culture noire américaine. Mais si le quintet californien a adopté le cycliste, ce n’est pas seulement pour son côté "écrin à popotin", estime Loic Prigent, critique mode à l’humour pointu. "Ces femmes le portent en référence à une esthétique moulante proche de celle d’Hervé Léger (créateur star de la fin des 80's, ndlr), façon ‘bodycon’, ‘body conscious’ comme disent les américains, c'est-à-dire qui épouse la silhouette. Mais elles l'ont aussi choisi pour ses qualités pratiques : c’est le vêtement de la femme à la mode et hyper active, par opposition à la femme à la mode qui porte tellement de broderies qu’elle ne peut pas s’assoir ou lever le bras pour appeler un taxi. C’est un vêtement pour une vie saine et pleine de bon sens, qui crie ‘Regarde-moi, je suis au top du jeu des tendances’". Celui-ci mettant aujourd'hui à l'honneur la femme totalement libre et qui ne s’excuse plus d’exister.

Bonus : ce vêtement moulant à souhait n’est aucunement réservé à un type de corps, très mince ou au contraire, très pulpeux. "Le cycliste est bien pour tout le monde, martèle Sophie Fontanel. Il est flatteur grâce à son côté gainant, et permet aussi de mettre le mollet très en valeur, comme une jupe-crayon, mais sans la mobilité qu’elle inflige". Sans dessus, ou sans dessous, le cycliste magnifie donc toutes les morphologies, ce qui en fait le vêtement de la body-acceptance (l’autre trend du moment). Des points forts pile dans l'air du temps, qui auraient pu entraîner un raz-de-marée streché... Pourtant, le cycliste ne fait toujours pas l’unanimité. 

Jamais consensuel

Comme tout vêtement d’empuissancement des femmes (le pantalon, la ballerine…), le cycliste ne pouvait évidemment pas plaire à tout le monde. La polémique se focalisant ici sur son esthétique qui serait douteuse. Il faut dire que, même si on aime le concept, une fois dans la cabine d’essayage, on a du mal à s’habituer. "Je l’ai vu sur quelques camarades parisiennes, raconte Loïc Prigent, mais plutôt celles qui jouent perpétuellement avec nos nerfs visuels, sans qu’on sache jamais si c’est réussi ou avant-garde, sexy ou repoussant, intéressant ou agaçant". Sophie Fontanel confirme qu’il sourit surtout aux audacieuses, qui vont en faire des folies. "Je l’ai même vu porté au dernier défilé Dior sous une jupe ouverte", s’extasie-t-elle.

L’audace suprême ? Le fait que le cycliste va révéler le sexe féminin (c'est le fameux camel toe), tabou ultime de la mode qui pourrait bien finir par tomber. Sophie Fontanel le rappelle : en mode, les barrières finissent toujours par tomber, entre autres grâce à lui. "Avant, on ne voulait aucune démarcation ni marque, note la journaliste, mais aujourd’hui, les jeunes femmes se fichent qu’on voit leurs sous-vêtements. C’est générationnel". Après des millénaires de suggestion, voire de monstration, du pénis dans nos sociétés, le cycliste annonce la couleur : aujourd’hui est venu le temps des femmes. 

A.F.-M. avec C.C.-M.