"Le week-end dernier, j’ai rendu visite à ma mère. Elle m’a dit 'Comme tu as maigri !' avec un grand sourire", raconte Émilie, 33 ans, avant d’ajouter : "Je me suis sentie mal, c’est vrai que j’aie perdu un peu après la reprise d’une activité sportive, mais bon… Je ne l’ai pas fait pour avoir des compliments". Des réflexions de ce genre, nous en avons tous entendues. Nos ainées, nos mères, biberonnées aux images de Brigitte Bardot, de Jane Birkin ou de la brindille Kate Moss pour les plus jeunes, rêvaient d’une esthétique longiligne mais féminine, une taille fine, des jambes interminables. Twiggy, Audrey Hepburn, Naomi Campbell… Du coup, on frise la dysmorphophobie à plein tube dans ce type de commentaire.

Heureusement, aujourd’hui des figures comme Amy Schumer ou la bloggeuse Katie Sturino, se rebiffent et ont fait de la body positivity leur cheval de bataille. Et ça fait du bien. Après tout, pendant le paléolithique, les Vénus étaient toute en rondeur. Et pendant la Renaissance, on admirait les femmes peintes par Titien ou Rubens : le plaisir, la sensualité, la beauté devaient être généreuses et dodues. "Quand j’étais ado, ma mère me répétait : 'rentre ton ventre ça fait sale'. C’est le jour où je l’ai dit moi-même à une amie que j’ai compris que c’était problématique", se souvient Mila, 30 ans. Il faut dire que les millenials ont grandi avec le "manger bouger", "5 fruits et légumes par jour", et le mystérieux "poids de forme"… Ce qui gêne dans ces injonctions ? C’est aussi de savoir que votre entourage vous scrute. "Allais-je décevoir ma mère si je reprenais du poids ?", s’interroge Émilie à juste titre. Notre valeur ne se calcule pas en kilogrammes. Si vous prenez du poids, on ne vous le dira pas en face. Mais si vous en perdez c’est "bravo !". L’entourage se permet des critiques comme si dans ce cas-là nos corps n’étaient plus les nôtres, mais ils relèvent quand même de notre responsabilité. Pourtant, une perte de poids peut avoir différentes origines, peu réjouissantes… Voici quatre situations dans lesquelles un "Tu as maigri dis donc ! Tu es beau/belle" est nul et non avenu.

#1 Les troubles alimentaires
Vous ne savez pas si la personne en face ne souffrirait pas d’un trouble alimentaire. Ceux-ci peuvent se manifester à tout âge. Attention, si la personne recherche à tout prix la maigreur, un compliment sur une perte de poids pourrait encourager ce trouble.

#2 Détresse psychologique, brun out, dépression…
Peut-être l’ignorez-vous – ça arrive - mais la personne à que vous pensez faire plaisir avec un "Waouh, tu as bien maigri !", vit peut-être une période de grande détresse psychologique. Une dépression, une déprime passagère, un burn out ou bien une relation amoureuse destructrice. Une perte d’appétit peut malheureusement être subie et ces états psychologiques doivent être suivis par des professionnels. On préfère donc demander des nouvelles en adoptant une attitude bienveillante.

#3 Une maladie ou un traitement lourd
Une maladie peut également entraîner une perte de poids. "Je revoyais une copine de fac suite à ma chimio. Je ne lui avais pas raconté, elle n’était pas une amie proche, et elle m’a lancé : 'Ce que tu as minci !, l’air de dire 'Tu es mieux comme ça !' ". Raconte Sara. Ça passe mal. Du coup dans le doute, on ne se précipite pas. On attend.

#4 L’expérience de l’insécurité alimentaire
Il faut aussi souligner que, comme il existe une précarité hygiénique, la sécurité alimentaire existe "lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, la possibilité physique, sociale et économique de se procurer une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins et préférences alimentaires pour mener une vie saine et active". Bien manger, à sa faim, c’est aussi une affaire d’argent.

En conclusion, on peut souligner la perte de poids d’un proche tout en nuançant son propose, en lui demandant avec bienveillance si cette transformation est voulue. On pourrait même partir du principe que tout commentaire sur le physique est acceptable si toutefois il est délivré avec considération pour l’autre.