Si la virginité des femmes est encore (trop) valorisée, celle des hommes l’est beaucoup moins. Chez les femmes, perdure l'idée sexiste selon laquelle la virginité est preuve de valeur et de pureté. Mais pour les hommes, la pression est totalement différente. Ils sont censés avoir un appétit sexuel développé et multiplier les partenaires, tout le temps. Surtout, ils se doivent de débuter leur sexualité assez tôt, la moyenne de la perte de virginité, chez les hommes comme chez les femmes, étant établie à 17 ans selon l’INED. Mais pour les hommes encore vierges, passé les 17 ans, "le faire" n'est pas une mince affaire... 

Le premier sentiment qui les traverse : la honte. La sexualité des hommes étant toujours synonyme de force et de virilité, les garçons restant puceau passé un certain âge peuvent le vivre comme une sorte de souffrance. Dorian*, 25 ans, a perdu sa virginité à 22 ans. Face à sa bande de copains sexuellement actifs depuis l’adolescence, il se sentait inférieur, n’ayant jamais couché. "Quand t’es un mec, t’es censé être la personne qui gère, une figure protectrice, à qui tout réussi. Alors forcément, quand tu n’as pas couché, ça ne rentre pas dans les codes." Ces codes, c’est la virilité. Selon Diane Saint-Réquier, animatrice en santé sociale et fondatrice du collectif Sexy Soucis, le rite de la perte de virginité se pose comme une validation de leur masculinité. "A partir du moment où ils baisent avec une ou n’importe quelle fille, ils ont l’impression de devenir un vrai mec, de s’accomplir dans leur masculinité."

Et pour cause, le terme "puceau" étant devenu au mieux, synonyme de "coincé", au pire, une insulte… utilisée presque systématiquement pour rabaisser les hommes. Pour eux, devenir sexuellement actif à un âge précoce est non seulement bien vu de la part de la masse, mais de plus, est encouragé. C’est d’ailleurs une injonction centrée sur l’hétérosexualité selon Diane Saint-Réquier. "Cette vision exclut les mecs homosexuels, bisexuels, pansexuels, asexuels ou qui ont simplement une libido moins élevée." Car aujourd’hui, être puceau représente pour beaucoup être diminué de leur condition d’homme. "Etre vierge à nos âges, c’est comme si tous tes amis ont le bac alors que toi tu ne l’as pas.", ressent Dorian.

Louis*, 31 ans, est à l’heure actuelle toujours vierge. La pression, il l’a reçue de la part de ses proches. "Forcément, ils me questionnent sur mon orientation sexuelle." Car il est vrai que ce raccourci est souvent fait. Si un homme n’a pas couché après ses 17 ans, il est considéré comme dénué de tout virilité, et donc, comme gay. "Je reçois beaucoup de réflexions, supposant que je suis un homo refoulé", continue-t-il. Puisque pour les hommes, la virginité est souvent une conséquence liée à l’orientation sexuelle. "Dans les représentations stéréotypées, si tu ne baises pas, tu n’es pas un vrai mec… alors tu es considéré comme gay. Comme moins qu’un mec", analyse Diane Saint-Réquier.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

" J’ai fait une relation de 10 minutes avec une prostituée pour me débarrasser de ma virginité. Je regrette, je me suis senti très degueulasse. D’un autre côté je ne regrette pas car cela m’a permis de me déchaîner sur ce sentiment d’infériorité que j’avais des autres hommes et de me sentir plus mature, plus libre." ✔️ - Faut il à tout prix perdre sa virginité au détriment du choix de la bonne personne et au risque de le faire avec n’importe qui, simplement pour nous débarrasser de cette pression sociale que nous nous infligeons entre hommes et dans le but de nous affirmer en tant qu'homme et être reconnu comme tel aux yeux des autres?

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De son côté, Mathieu*, 27 ans, toujours puceau, ment à une grande partie de son entourage. "Je raconte sans trop de détails que je collectionne les meufs, et on me laisse tranquille". Ce chef de projet dans une start-up parisienne affirme que mentir sur sa virginité lui permet de "se protéger". Se protéger de quoi ? Des moqueries ou du jugement. "J’ai beau avoir plusieurs occasions, je ne me vois pas coucher avec la première fille venue, j’ai besoin de sentiments. Et ça, ça ne passe pas." Un soir, il explique à une inconnue la raison qui fait qu’il est resté vierge. Elle lui rit au nez. "Elle disait qu’en gros j’étais une meuf. Ca relevait presque de l’insulte."

Lier sexe et amour est souvent quelque chose que l’on associe aux femmes. "La virginité est liée à des injonctions genrées. La sexualité des femmes hétéros doit être tournée vers leur partenaire. Une femme doit être dans une relation amoureuse pour baiser, sinon elle perd de la valeur", nous rappelle Diane Saint-Riquier. Alors l’idée qu’un homme puisse pratiquer sa sexualité "comme une femme" dérange. Cela voudrait dire qu’il réfléchit comme une femme, pense comme une femme. "Et l’idée qu’un homme puisse avoir une part de féminité en lui est encore vu comme chose dégradante", analyse l’animatrice en santé sociale.

Alors comment se débarrasser de ce "fardeau" que la société a fabriqué ? "Franchement j’en ai aucune idée", nous confie Mathieu d’un air fataliste. Encore aujourd’hui, Dorian ment sur l’âge de son dépucelage : "Je dis à mes meufs que j’ai perdu ma virginité à 20 ans au lieu de 22. C’est toujours deux ans de moins." Et ceci, même s’il a conscience des injonctions qui pèsent sur les hommes et la virginité. De son côté, Louis s’est défait de toute honte. Il considère que sa sexualité, qui ne regarde que lui, ne devrait pas pâtir des attentes qu’a la société sur ce que devrait être sa virilité.

*les prénoms ont été modifiés